QU’EST-CE QUE LE PRIX MARTIN ENNALS ?
Le Prix Martin Ennals pour les Défenseurs des Droits de l’Homme (MEA), créé en 1993, est décerné annuellement à une personne faisant preuve d’un combat exceptionnel, par des moyens courageux et innovants, contre les violations des droits de l’homme. Le prix vise à encourager des Défenseurs des Droits de l’Homme (DDH) en danger et qui ont besoin d’une protection immédiate. Cette publicité protectrice requiert l’attention des médias, en particulier dans le pays d’origine du lauréat. Le montant du prix est d’au moins 20 000 francs suisses et doit être utilisé dans le cadre d’activités dans le domaine des droits de l’homme. La Fondation Martin Ennals est le fruit d’une collaboration entre dix des plus importantes organisations internationales des droits de l’homme, qui en composent le Jury : Amnesty International, Human Rights Watch, la Fédération Internationale des ligues des Droits de l’Homme, l’Organisation Mondiale Contre la Torture, Front Line, la Commission Internationale de Juristes, le Service International pour les Droits de l’Homme, Human Rights First, Diakonie Allemagne et HURIDOCS.
EST-CE QUE LES PRIX DES DROITS DE L’HOMME SONT VRAIMENT EFFICACES ?
Pour répondre à cela, il faut savoir de quelle façon les prix des droits de l’homme tentent de venir en aide à ceux à qui ils sont décernés. En premier lieu, presque tous les prix cherchent à offrir de la reconnaissance et des encouragements à un niveau moral et psychologique. Ce but ne doit pas être minimisé car souvent les activistes travaillent dans des environnements qui n’apprécient pas leurs efforts, les causes qu’ils défendent sont même parfois impopulaires dans leurs propres cercles sociaux. Ensuite, de nombreux prix sont associés à un support financier direct qui peut être d’une grande importance pour des organisations démunies, souvent basées dans des pays en développement, et ce, même s’il s’agit de montants relativement faibles. Enfin, le but le plus important mais aussi le plus subtil est d’offrir une protection. Contrairement aux deux premiers buts, le dernier n’est pas possible sans un certain degré de publicité.
LES PRIX DES DROITS DE L’HOMME SONT NOMBREUX ; EN QUOI LE PRIX MARTIN ENNALS EST-IL DIFFERENT ?
De nombreuses villes, des pays et des organisations, nationales et internationales, décernent des prix des droits de l’homme ; il en existe probablement des centaines. Cependant, peu d’entre eux se concentrent particulièrement sur les Défenseurs des Droits de l’Homme (DDH), ont une expérience de 18 ans et sont vraiment internationaux. Le Prix Martin Ennals a un jury composé de dix des plus influentes organisations internationales de droits de l’homme. C’est cela qui en fait le prix du mouvement dans son ensemble.
EN QUOI LE PRIX MARTIN ENNALS DIFFERE-T-IL DU PRIX NOBEL ?
Le Prix Nobel de la Paix est décerné afin de récompenser des contributions à la « Paix », et non pas nécessairement aux « Droits de l’Homme ». Dans le passé, il a été attribué, à quelques occasions, à des individus simplement parce qu’ils avaient cessé de violer des droits de l’homme. Pourtant, de nombreux lauréats peuvent être qualifiés de défenseurs des droits de l’homme. En termes d’impact, le Prix Nobel vieux de 100 ans est un cas à part et ce serait une erreur que de vouloir comparer d’autres prix à ce cas si particulier. Cependant, l’immense impact du Prix Nobel continue d’inspirer les autres.
LE PRIX MARTIN ENNALS PARVIENT-T-IL A OFFRIR UNE PUBLICITE PROTECTRICE ?
Oui, et de plus en plus, pourtant les modalités continuent de changer. Au début, la publicité se faisait surtout à travers la presse. De 2002 à 2006, la cérémonie était en partie ou intégralement retransmise par des chaînes de télévision nationales ou internationales telles que la RTS ou TV5. Les réseaux internationaux de médias comme Reuters, BBC, la Voix de l’Amérique et Al-Jazeera ont interviewé les lauréats MEA et, plus important, ces interviews ont été diffusées dans le pays et/ou la région d’origine des lauréats. Tel a été le cas d’une interview d’Aktham Naisse, Lauréat MEA de 2005, qui a été largement diffusée en Syrie. De plus, depuis 2008, la cérémonie annuelle est enregistrée professionnellement et diffusée sur Internet. Des DVD sont également disponibles, sous-titrés dans plusieurs langues, y compris dans celle du lauréat.
EST-CE QUE CETTE PUBLICITE PEUT METTRE EN DANGER LE LAUREAT ?
Il est parfois suggéré que les prix des droits de l’homme peuvent mettre en danger les lauréats. Il est vrai qu’il y a toujours un risque à ce que cela se retourne contre eux, mais le meilleur juge de l’équilibre entre un risque accru et plus de protection reste le défenseur des droits de l’homme en question. Sans exception, la publicité et l’exposition leur apparaît comme étant avant tout une forme de protection, cela reflète peut-être également l’importance croissante des médias même lors de situations de tension. En apprenant qu’elle était la lauréate de l’année 2004, Lida Yusupova de la République tchétchène de la Fédération de Russie a déclaré : « Etre la lauréate du Prix Martin Ennals n’est pas seulement un honneur, c’est aussi une garantie de sécurité pour mes activités et pour ma vie. » La large composition et le statut indépendant du Jury du Prix Martin Ennals est un autre facteur qui empêche les gouvernements de décrire les lauréats comme des « marionnettes » soutenus par des pouvoirs étrangers, ce qui leur est beaucoup plus aisé lorsque le prix est clairement un prix gouvernemental.
QUI SONT EXACTEMENT LES ‘DEFENSEURS DES DROITS DE L’HOMME’ ?
Il existe une définition « officielle » mais large qui provient de la Déclaration sur les Défenseurs des Droits de l’Homme adoptée par les Nations Unies le 9 décembre 1998 (voir la Résolution 53/144 des Nations Unies dans le document A/RES/53/144 du 8 mars 1999). Le Prix Martin Ennals a adopté la définition suivante pour sa propre utilisation : « Afin de sélectionner les candidats au Prix Martin Ennals pour les Défenseurs des Droits de l’Homme, le Jury considère qu’un défenseur des droits de l’homme éligible est celui ou celle qui risque ou souffre de persécution, de harcèlement ou d’inégalité dans l’exercice des droits consacrés par la Charte Internationale des Droits de l’Homme, et qui, en conformité avec ces instruments, promeut et protège les droits de l’homme et les libertés fondamentales des autres, individuellement ou en groupe. »
POURQUOI SE CONCENTRER SUR LES DEFENSEURS DES DROITS DE L’HOMME ?
Sans défenseurs individuels des droits de l’homme, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et autres instruments juridiques des droits de l’homme risquent de rester lettre morte. De telles personnes sont nombreuses : certaines font discrètement du lobbying pour des améliorations, alors que d’autres se manifestent bruyamment. Toutefois, certaines sentent qu’elles doivent prendre d’énormes risques personnels en contestant publiquement le pouvoir ou en présentant des affaires de victimes devant les cours de justice. Ces héros doivent souvent sacrifier plus que leur temps et leur énergie, trop d’entre eux sont arrêtés, torturés et même tués. Presque toutes les organisations de droits de l’homme ont, à un certain niveau, un mandat pour secourir des collègues menacés.
EST-IL JUSTE DE SE CONCENTRER SUR DES INDIVIDUS PLUTOT QUE SUR LES MOUVEMENTS ET LES CAUSES ?
Quand on en vient à la mise en pratique sur le terrain, c’est toujours le dévouement et le courage de personnes individuelles qui compte le plus. Ce sont les lauréats eux-mêmes qui tendent à souligner l’importance primordiale de leur équipe et de leur cause. C’est pourquoi les histoires vécues (avec des images filmées) ont un plus grand impact avec des individus – à qui le public peut s’identifier – plutôt qu’avec des organisations. Desmond Tutu pensait de la même façon lors de sa lutte contre l’apartheid et José Ramos-Horta a reconnu que son Prix Nobel de la Paix avait tiré la cause du Timor Oriental du marasme.
POURQUOI LA CEREMONIE DU PRIX MARTIN ENNALS EST-ELLE ORGANISEE A GENEVE ?
La Ville de Genève, qui co-organise la cérémonie annuelle depuis 2008, est un centre international des droits de l’homme et de l’humanitaire. C’est aussi le « foyer » des principales organisations des droits de l’homme et de réunions telles que le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies. Le Secrétariat du Haut Commissaire aux Droits de l’Homme des Nations Unies – qui remet généralement le Prix – se trouve également à Genève. Quatre des dix organisations non gouvernementales qui composent le Jury ont leur siège à Genève, alors que trois autres y ont un bureau. Le Secrétariat de la Fondation Martin Ennals est à Genève, dans les bureaux d’un des membres du Jury : d’abord à HURIDOCS, et depuis les dernières années à l’Organisation Mondiale contre la Torture (OMCT).
POURQUOI LE PRIX MARTIN ENNALS N’EST-IL PAS REMIS LE 10 DECEMBRE LORS DE LA JOURNEE DES DROITS DE L’HOMME ?
La journée du 10 décembre pourrait en effet être appropriée mais de nombreuses organisations y organisent déjà leurs propres activités au niveau national et international. Le Prix Martin Ennals – fruit d’une collaboration – ne voulait pas rentrer dans une compétition directe avec ses propres membres. De plus, le 10 décembre est également le jour de la cérémonie du Prix Nobel de la Paix à Oslo. (Alfred Nobel est mort le 10 décembre 1896 et c’est pourquoi ce jour est le « jour de Nobel » en Suède et en Norvège. Bien plus tard, après la Seconde Guerre Mondiale, les Nations Unies ont déclaré que le 10 décembre serait la Journée Internationale des Droits de l’Homme et ont désigné le 21 septembre comme Journée Internationale de la Paix. Le curieux résultat en est que le prix de la Paix est décerné lors de la Journée Internationale des Droits de l’Homme.)
EST-CE QUE LES PRIX DES DROITS DE L’HOMME OBTIENNENT GENERALEMENT DE LA PUBLICITE ?
Oui, dans une certaine mesure, mais la plupart des prix des droits de l’homme tendent à obtenir de la publicité dans les pays où les prix sont décernés. Cependant, du point de vue de la protection, la publicité la plus cruciale doit se faire au niveau local, dans le pays du défenseur des droits de l’homme en question. Les donateurs du prix peuvent vouloir voir le nom de leur organisation ou de leur sponsor apparaître dans les médias de leur propre pays (généralement en Occident) mais les bénéficiaires du prix seront mieux servis par l’attention et la reconnaissance dans leur propre pays. De ce fait, l’emploi des médias de masse (en particulier, de la radio, de la télévision et d’internet qui traversent les frontières) et de la langue des lauréats est très important. Une bonne illustration d’une publicité locale efficace c’est la décision de l’Union Européenne visant à ce que son représentant dans le pays d’origine du lauréat organise une réception publique en son honneur.
LE MONTANT DU PRIX EST-IL IMPORTANT ?
Le montant du Prix Martin Ennals, qui est d’au moins 20 000 francs suisses, n’est pas le principal élément de protection. Pourtant ce montant est significatif, en particulier dans les pays en développement, et utile car il est librement utilisé par les lauréats dans leur lutte pour les droits de l’homme. De nombreux lauréats ont employé une partie de ce montant pour se rendre dans les capitales et rencontrer des décideurs politiques.
COMMENT LE PRIX MARTIN ENNALS EST-IL FINANCE ?
Etre international et indépendant signifie que le financement ne provient pas d’une entité unique (pays, ville ou organisation). La Fondation Martin Ennals dispose d’un groupe de partenaires – dont certains sur une base pluriannuelle – mais la mobilisation à long terme reste fragile. La Ville de Genève est un partenaire particulièrement important car elle prend en charge les principaux coûts (en nature et en services) lors de l’organisation de la cérémonie annuelle. Il faut remarquer que le Prix Martin Ennals est un projet rentable. L’intégralité des coûts du Prix Martin Ennals n’apparaissent pas dans le budget car de nombreux apports cruciaux sont volontaires (tels que la position clé du Président et l’implication des autres membres du Conseil). En outre, les organisations membres du Jury entreprennent la plupart du travail de recherche et de publicité ; de plus, ils contribuent à couvrir 10% du budget par une cotisation annuelle.
QUELLE EST LA DIFFERENCE ENTRE LE MEA ET LA FME ?
Le Prix Martin Ennals pour les Défenseurs des Droits de l’Homme est abrégé en MEA. Le Jury complètement autonome du MEA – qui sélectionne les candidats – est composé des représentants de dix des principales organisations non gouvernementales de droits de l’homme et d’un Président permanent mais non-votant. La FME est la Fondation Martin Ennals, une personnalité morale de droit néerlandais, avec un conseil composé de huit personnes. La Fondation Martin Ennals procure les bases juridiques et administratives du Prix Martin Ennals. Le Secrétariat de la FME-MEA est à Genève.