Journée internationale des droits des femmes: trois défenseuses à l’honneur en 2025

mars 14, 2026

Genève, 8 mars 2026

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes 2026, la Fondation Martin Ennals met en lumière le courage et la détermination des défenseuses des droits humains à travers le monde, en racontant l’histoire de la lauréate et des finalistes du Prix Martin Ennals 2025. Leur engagement illustre le rôle croissant des femmes dans la lutte mondiale pour la justice, l’égalité et la redevabilité, souvent menée face à l’intimidation, à des pressions judiciaires et à des risques personnels.

Dans toutes les régions du monde, les défenseuses des droits humains jouent un rôle central pour dénoncer les injustices et protéger les libertés fondamentales. Pourtant, elles sont également confrontées à des menaces spécifiques liées à leur genre, notamment le harcèlement, les campagnes de diffamation et les représailles en raison de leur engagement. Reconnaître leur travail n’est donc pas seulement une question de visibilité, mais aussi un moyen de renforcer leur protection et la solidarité internationale.

Ana Paula Gomes de Oliveira : transformer une perte personnelle en action collective

Lauréate du Prix Martin Ennals 2025, la défenseuse brésilienne des droits humains Ana Paula Gomes de Oliveira a transformé une tragédie personnelle en un engagement durable contre les violences policières et le racisme systémique au Brésil. Son combat a commencé en 2014, lorsque son fils Johnatha, âgé de 19 ans, a été abattu d’une balle dans le dos par un policier alors qu’il rentrait chez lui dans la favela de Manguinhos, à Rio de Janeiro. Face aux versions contradictoires diffusées par les autorités et à l’absence de justice, elle a cofondé le collectif Mães de Manguinhos (Mères de Manguinhos).

Ce collectif rassemble des familles — souvent des mères noires — ayant perdu un proche à la suite de violences policières et milite pour la vérité, la mémoire et la justice. Au cours de la dernière décennie, le mouvement s’est développé bien au-delà de sa communauté d’origine et est devenu une voix influente dans le débat brésilien sur la responsabilité de l’État et la justice raciale. Aujourd’hui, en tant que membre du Réseau d’assistance aux victimes de la violence d’État (RAAVE), Ana Paula Gomes de Oliveira continue de soutenir les familles touchées et de sensibiliser l’opinion publique au niveau international, notamment auprès des Nations Unies.

Aloikin Praise Opoloje : mobilisation de la jeunesse et engagement civique en Ouganda

Les deux finalistes du Prix 2025 illustrent également la diversité du leadership féminin dans la défense des droits humains.

Aloikin Praise Opoloje, étudiante et militante ougandaise, mobilise la jeunesse contre la corruption, les défaillances de gouvernance et les injustices sociales. Grâce à des campagnes sur les réseaux sociaux et à des manifestations pacifiques — notamment la “March to Parliament” — elle appelle à davantage de transparence et de redevabilité. En 2024, elle a fondé le mouvement WeThePeople, qui promeut l’éducation civique et encourage les jeunes Ougandais à exercer leurs droits constitutionnels par des formes d’engagement non violent.

Saadia Mosbah : lutter contre le racisme et défendre l’égalité en Tunisie

Saadia Mosbah, défenseuse tunisienne des droits humains et cofondatrice de l’organisation Mnemty (« Mon rêve »), est l’une des principales voix de la lutte contre le racisme et les discriminations raciales en Tunisie. Son travail de plaidoyer a contribué à l’adoption de la loi tunisienne contre le racisme en 2018 et à une reconnaissance accrue de l’histoire de l’esclavage dans le pays. Malgré la légitimité de son engagement, elle a fait l’objet de campagnes hostiles et a été arrêtée en mai 2024 sur la base d’accusations contestées. Elle demeure en détention provisoire.

Ensemble, ces trois défenseuses illustrent le courage et la résilience de femmes qui continuent de défendre la justice dans des contextes difficiles.

Présenté à Genève et décerné par un Jury composé de dix grandes organisations internationales de défense des droits humains, le Prix Martin Ennals pour les défenseurs des droits humains distingue des personnes dont l’engagement s’exerce malgré des risques personnels importants. En amplifiant leur voix sur la scène internationale, le Prix vise à renforcer la protection et la solidarité envers les défenseurs et défenseuses des droits humains dans le monde entier.