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Mario Joseph
Mario Joseph, who has been referred to as “Haiti’s most prominent human rights lawyer”, has led the Bureau des Avocats Internationaux (BAI) in Port-au-Prince, Haiti since 1996.
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Joint Mobile Group
The Joint Mobile Group seeks accountability for human rights abuses in Chechnya, notably enforced disappearances, torture in custody, and extra-judicial executions.
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Mona Seif
Mona was raised in a family of human rights defenders. Her father Ahmed Seif El Islam is a respected Human Rights Lawyer who spent five years in prison under the Mubarak regime.
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Winners

Kasha Jacqueline Nabagesera - 2011

Kasha Jacqueline Nabagesera est une femme ougandaise née en 1980, fondatrice et présidente du comité directeur de Freedom and Roam Uganda, une des plus importantes organisations pour la défense des droits de lesbiennes, des gays, des bisexuel(le)s et des transgenres (LGTB) en Ouganda. Depuis toujours, elle se bat pour les droits des communautés en marge de la société.

Dès l’âge de 21 ans, elle s’engage dans la question très controversée des droits des homosexuels en Ouganda et commence à construire un solide mouvement. Après avoir été expulsée de plusieurs écoles, Kasha décide d’étudier le droit pour pouvoir apporter des solutions à ce problème.

Comptable de profession, elle excelle cependant dans la défense des droits humains et obtient un diplôme dans ce domaine. Au cours des quatre dernières années,  elle est intervenue dans des forums internationaux pour plaider la situation désespérée des lesbiennes dans son pays. Kasha a eu le courage d’apparaître à la télévision nationale en Ouganda, devenant ainsi la première personne homosexuelle à parler ouvertement.

Elle a également délivré des déclarations de presse au nom de la communauté homosexuelle et a pris la parole sur de nombreuses stations de radio. Elle s’efforce actuellement de contester la frénésie homophobe qui se développe dans les médias en intentant un procès auprès de la Haute Cour de Justice d’Ouganda au journal Rolling Stone qui a, le 2 octobre 2010, appelé à la pendaison des homosexuels.

Kasha insiste généralement sur le fait que le droit international doit être respecté ; elle invoque avec constance les conventions internationales que l’Ouganda a ratifiées mais qui ne sont pas mises en œuvre par le gouvernement. Kasha poursuit son combat malgré le climat particulièrement hostile aux questions LGTB qui règne dans de nombreux pays africains.

En 2007, elle a été brutalement agressée lors du Forum social mondial de Nairobi après avoir prononcé, devant près de 60 000 personnes, un discours sur le respect et la tolérance envers les homosexuels dans le monde. Ensuite et à plusieurs reprises, elle a fait l’objet d’actes de harcèlement, de menaces et a même été attaquée pour être apparue dans les médias. Elle change depuis fréquemment de domicile, craignant de rester au même endroit trop longtemps.

Le 26 février 2011, un de ses collègues et activiste homosexuel, David Kato Kato, a été assassiné suite à la publication d’une ‘liste d’homosexuels’ par le susmentionné tabloïd ougandais Rolling Stone appelant à leur pendaison. Le nom de Kasha Jacqueline apparaît également sur cette liste noire.


Muhannad Al-Hassani - 2010


"Il a toujours voulu défendre les autres, s'exprimer, et être dans l'opposition", confie la mère de Muhannad Al-Hassni, "Il tient toujours à ce que tout soit juste, il déteste les injustices."

MUHANNAD AL-HASSANI - Martin Ennals Award Winner 2010 from True Heroes Films on Vimeo.

La persévérance est probablement l'une des caractéristiques qui reflète le mieux le caractère d'Al-Hassani. Il n'a toujours pas eu l'autorisation des autorités syriennes pour enregistrer officiellement Swasiya (Organisation syrienne pour les droits de l'homme),organisation qu'il a créée en 2004 et qu'il préside. Surveillé en permanence et courant le risque d'être arrêté à tout moment, Al-Hassani a pourtant continué à faire des rapports sur les procédures de la Cour suprême de la sûreté de l'Etat syrienne, source d'informations précieuse pour les Nations Unies et toutes les ONG suivant de près la situation des droits de l'homme en Syrie.

Le 23 juin 2010, Muhannad Al-Hassani a été condamné par la seconde cour criminelle syrienne de Damas à trois ans de prison pour "affaiblissement du sentiment national" et "diffusion de fausses nouvelles", chefs d'accusation invoqués contre la majorité des opposants politiques et des partisans de la démocratie.

Al-Hassani a été arrêté le 28 juillet 2009 pour avoir rédigé des rapports sur des sessions (publiques) devant la cour suprême de la sûreté de l'Etat, un tribunal que la plupart des ONG des droits de l'homme et des juristes considèrent comme contraire aux standards internationaux en matière de procédure judiciaire. Cette cour a été abolie avec l'état d'urgence en avril 2011.

Le 10 novembre 2009, le conseil de discipline de l'Association du barreau de Damas a, par décret, radié Muhannad Al-Hassani du barreau à vie pour "avoir dirigé une organisation des droits de l'homme sans licence et sans obtenir l'accord préalable de l'association du barreau."
Pour couronner cette humiliation, la même association l'a aussi accusé "d'avoir assisté à des sessions de la cour de la sûreté de l'Etat dans le but de surveiller les procédures et ce, sans avoir été désigné avocat de la défense par l'accusé.", accusation portée contre lui au moment de son procès. Le manque total d'indépendance et de courage dont a fait preuve l'association du barreau a conduit de nombreux membres de l'association à remettre en question sa légitimité.

Peu après l'annonce de la sélection d'Al-Hassani comme lauréat le 7 mai 2010, les médias et les ONG des droits de l'homme ont rapidement relayé son histoire et multiplié les appels à sa libération. C’est dans un climat de tensions qu’Al-Hassani a été attaqué et battu à la prison d'Adra le 28 octobre 2010 par Mohammad Hamadi, un détenu purgeant une peine pour viol. Ce dernier lui a fendu le front et Al-Hassani a dû avoir dix points de suture. Une semaine plus tard, le 4 novembre, huit grandes organisations des droits de l'homme, dont six membres du jury de la Fondation MEA, ont appelé le gouvernement syrien à garantir la sécurité de Muhannad Al-Hassani et l'ont exhorté à ordonner l'ouverture d'une enquête sur l'agression et à le protéger contre tout acte de brutalité.

Peu de temps après, les chefs de mission de l'Union européenne en Syrie ont publié une déclaration dans laquelle ils rendent honneur à Al-Hassani pour "le courage exceptionnel dont il a fait preuve pour défendre l'Etat de droit et établir une organisation des droits de l'homme en Syrie." Ils ont aussi rappelé leur engagement à protéger les défenseurs des droits de l'homme et ont réprouvé la condamnation de Al-Hassani par le gouvernement. Ils ont demandé sa libération immédiate.

Le 15 octobre 2010, le prix Martin Ennals pour les défenseurs des droits de l'homme a été décerné à Muhannad Al-Hassani alors qu’il était encore en prison. M. Said Benarabia de la Commission internationale des juristes a reçu le prix au nom d’Al-Hassani au Victoria Hall à Genève. Des centaines de personnes, dont la famille de Muhannad et ses amis en Syrie, ont pu regarder la cérémonie qui était diffusée sur l'Internet.

L'avocat de Muhannad, l'éminent défenseur des droits de l'homme de 80 ans Haitham Al-Maleh, purgeait alors également une peine de trois ans de prison pour les mêmes chefs d'accusation. Il a été libéré le 8 mars 2011, suite à une amnistie présidentielle touchant les prisonniers de plus de soixante-dix ans.

Le 26 mars 2011, les autorités syriennes ont libéré deux cents prisonniers politiques mais Muhannad Al-Hassani ne figurait pas parmi eux. Cet événement historique s'est produit le jour de l'incendie du siège local du parti Baas syrien près de Daraa. Des personnes en colère qui avaient perdu un proche - un manifestant abattu par les forces de sécurité- y avaient mis le feu.

En avril 2011, tandis que des milliers de Syriens étaient dans les rues pour manifester contre une dictature inébranlable, Al-Hassani, ne pouvait qu'observer la scène, “en sécurité”, de sa cellule de prison et garder espoir que tous ses efforts inlassables pour le respect de l'Etat de droit aient une influence sur le futur de son pays.

Muhannad Al-Hassani a été libéré par les autorités syriennes le 2 juin 2011 dans le cadre d’une amnistie générale prononcée par le président syrien alors que les mouvements de contestation populaires continuaient de s’étendre à tout le pays.

Harry Wu - 1994


"Même les meilleurs des hommes, si vous les enfermez au laogai, ils finissent tous par devenir des bêtes."
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Harry Wu est un ancien prisonnier politique chinois qui a été interné dix-neuf ans de sa vie au laogai, fameux camp de concentration chinois. Citoyen américain depuis 1995, après son internement dans le camp il a consacré sa vie à défendre les droits de l'homme et à dévoiler la vérité sur les atrocités commises derrière “le rideau de bambou”.

Le combat de Harry Wu commence en 1957 alors qu'il n'a que 20 ans. Etudiant en géologie, il assiste à une rencontre organisée par un mouvement étudiant au cours de laquelle il critique ouvertement la politique du parti communiste et qualifie l'invasion de la Hongrie par l'Union soviétique de violation du droit international.

Ces rencontres, organisées par des groupes de jeunes, s'inscrivaient dans le cadre de la "campagne des Cent Fleurs", mouvement lancé en 1956-1957 pour permettre à la jeunesse chinoise de s'exprimer et de “s’épanouir”. Pourtant, les idées et les initiatives de Wu lui ont valu d'être considéré comme un "contre-révolutionnaire de droite" et d'être surveillé en permanence. Sa famille et ses amis ont été contraints de le dénoncer et il a été de plus en plus marginalisé.

Après avoir tenté de fuir la Chine, il a été condamné à la prison à vie et envoyé en avril 1960 au laogai où il a passé 19 ans jusqu'à sa libération en 1979.

Wu médite sur ses années passées au camp: "L'amour, la bonté… ces idéaux, vous n'y pensez pas à l'intérieur du laogai".

Enfermé vingt ans au laogai, Wu a été forcé de travailler à la mine, dans les usines ou encore dans les champs chinois et a été très souvent privé de nourriture. A un certain moment, il ne pesait pas plus de 36 kg.

Après la mort de Mao Zedong en 1976 et la chute de la "Bande des Quatre", le parti communiste chinois a pris la décision de libérer les "contre-révolutionnaires"; après plusieurs procédures d'appel, Wu a été libéré en 1979.

Wu a commencé ensuite à enseigner à l'Institut chinois de géoscience et n’a plus parlé de politique.

Au milieu des années 1980, il a été invité à enseigner au Département de génie civil à l'université de Berkeley en Californie. Wu se rappelle de son arrivée à San Francisco en novembre 1985: "Quand je suis arrivé à l'aéroport, je me suis agenouillé et j'ai embrassé le sol!" Harry Wu était enfin libre.

Pour joindre les deux bouts, Wu a dû prendre plusieurs emplois. Le sénat américain a fini par lui demander de témoigner sur le laogai: ce moment a marqué le début de l'engagement de Wu dans la défense des droits de l'homme.

En 1991, dans le cadre d'un documentaire d'investigation sur le laogai tourné par CBS, Wu et sa femme sont retournés en Chine. A l'aide d'une caméra cachée, il a pu recueillir clandestinement des informations sur les conditions de vie déplorables à l'intérieur des camps de travail forcé. Les images filmées ont ensuite été utilisées dans le film de 60 minutes d'Ed Bradley intitulé "Made in China".

Premier lauréat du Prix Martin Ennals, Harry Wu a reçu cette récompense en mars 1994.

En 1995, lors d'un nouveau déplacement en Chine, Wu a été au cœur d'une dispute diplomatique entre la Chine et les Etats-Unis. Les autorités chinoises l’ont arrêté à la frontière kazakhe alors qu’il rentrait en Chine muni de son passeport américain. Elles ont refusé de le rapatrier et l'ont condamné à quinze ans de prison pour "avoir pris connaissance de secrets d'Etat et les avoir divulgués" et pour s’être “fait passer pour un fonctionnaire du gouvernement". Au bout de 38 jours de garde à vue et d'interrogatoires, il a été expulsé par avion vers San Francisco.

Harry Wu est aujourd'hui le directeur de la Laogai Research Foundation qu''il a créée en 1992. A son initiative, un musée dédié à la cause a été construit.

Auteur de plusieurs ouvrages tels que Vents amers (1995) ou encore Troublemaker (Fauteur de troubles) (2002), Harry Wu intervient souvent à la radio et à la télévision pour débattre des droits de l'homme en Chine.

Asma Jahangir - 1995


"Il est vital d'avoir une stratégie. Sans cette arme, comment affronter la folie?"

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A l'image de son père, Malik Jilani, ancien fonctionnaire pakistanais devenu opposant politique, Asma Jahangir a consacré sa vie à défendre les droits de l'homme et à faire respecter en particulier ceux des femmes, des enfants et des minorités religieuses. Avocate de profession, elle est aujourd'hui une spécialiste incontournable en matière de droits de l'homme.

Lauréate du prix Martin Ennals 1995, son travail de militante des droits de l'homme lui a permis d'acquérir rapidement une reconnaissance internationale.

Cette même année, en 1995, elle est harcelée, menacée de mort et agressée physiquement pour avoir pris la défense de Salamat Masih, un jeune chrétien de quatorze ans accusé de blasphème. Cette affaire, qu'elle finit par remporter, lui a valu d'être applaudie par la communauté internationale.

Son combat pour la défense des droits de l'homme, intrinsèquement lié à son histoire personnelle et familiale, a commencé en 1971: son père est alors placé en détention pour l'influence importante qu'il exerçait au sein de la Ligue Awami, organisation politique sévèrement réprimée après les élections de 1970. Dix ans après le dépôt de sa première plainte contre la détention de son père, Asma finit par remporter un procès historique et obtient sa remise en liberté.

C'est en 1980, dans un climat de corruption et de violence croissantes, qu'Asma, sa soeur et deux autres militantes, forment le premier cabinet d'avocats dirigé par des femmes au Pakistan: l'AGHS. Le nom du cabinet est tiré des initiales de ses quatre fondatrices: Asma, Gulrukh, Hina et Shahla. "Je ne pensais pas que le cabinet allait survivre plus de six mois", confie Jahangir. Dès le début de sa création, l'AGHS s'est assigné pour mission de défendre les droits des femmes. En 1983, les quatre militantes participent à la création du Women's Action Forum, groupe de pression dont le but est d'expliquer les conséquences d'une "islamisation" de la législation sur les droits fondamentaux, en particulier ceux des femmes.

Asma Jahangir a toujours fait campagne contre les ordonnances sur les Huddud, une série de lois prévues pour l'application de peines mentionnées dans le Coran et en vertu desquelles, les victimes de viols sont accusées de zina (adultère), crime passible de la peine capitale.

Le 12 février 1983 marque un tournant dans le combat d'Asma pour les droits des femmes au Pakistan: une trentaine de femmes descendent dans la rue avec elle et ses consoeurs pour protester contre la condamnation de Safia Bibi, une jeune fille aveugle violée et condamnée pour zina à la peine capitale. L'AGHS finit par obtenir la levée de cette condamnation.

La trajectoire personnelle d'Asma Jahangir s'inscrit dans le déroulement de l'histoire politique moderne du Pakistan. Alors que des tribunaux militaires et religieux composés de juges autonommés sont établis sous la présidence de Zia-ul-Haq, Asma poursuit avec plus d’acharnement son combat pour le mouvement des droits civils au Pakistan et pour le respect des droits de l'homme. En 1986, elle participe à la création de la Commission pakistanaise des droits de l'homme, au sein de laquelle elle a occupé les postes de secrétaire générale et de présidente.

Sur la scène internationale, elle a occupé les postes de Rapporteuse spéciale sur les exécutions extrajudiciaires, arbitraires ou sommaires de 1998 à 2004 et de rapporteuse spéciale sur la liberté de religion et de croyance de 2004 à 2010. En dépit du rôle clé qu'elle a joué au sein de la communauté onusienne des droits de l'homme, elle a été placée en résidence surveillée en 2007 sur ordre du président Musharaf. Cette sanction a été levée la même année suite à une campagne internationale à laquelle participa activement la Fondation Martin Ennals.

En 1990, Benazir Bhutto lui a proposé de présider l'assemblée nationale mais Asma a refusé, expliquant que cela l'empêcherait de se consacrer pleinement à ses activités de militante des droits de l'homme. De même, en 1994, elle s'est vu proposer de devenir la première femme juge à la Cour suprême du Pakistan, offre qu'elle a déclinée pour des raisons de principe. "Ce serait hypocrite d'être juge et de défendre des lois auxquelles je ne crois pas...", déclare-t-elle.

Jahangir donne régulièrement des conférences sur les droits de l'homme. Elle est l'auteur de deux ouvrages intitulés Divine Sanction? The Hudood Ordinance et de Children of a Lesser God: Child Prisoners of Pakistan.

Reconnue sur la scène internationale pour son engagement, elle a reçu de nombreux prix des droits de l'homme et a été nominée pour le Prix Nobel de la paix en 2005 en tant que membre du projet "1000 femmes pour la paix". Elle est actuellement présidente de l'Association du Barreau de la Cour suprême du Pakistan.

Clement Nwankwo - 1996

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Clément Nwankwo est un des pionniers de la défense des droits de l'homme au Nigeria: il a fondé le Projet pour les droits constitutionnels (Constitutional Rights Project - CRP), la première grande organisation de défense des droits de l'homme de son pays. Pendant plus de vingt ans, il a oeuvré pour la promotion et la protection des droits fondamentaux et de l'état de droit au Nigeria.

Dans les années 1990, le CRP joue un rôle central dans la dénonciation des violations des droits de l'homme commises par la dictature militaire de Sani Abacha. Alors que les militants des droits de l'homme et les groupes de la société civile font davantage pression sur le régime, Abacha réagit en interdisant toute activité politique de l'opposition et en muselant les médias. Pour contrer ces mesures répressives, Nwankwo organise une campagne pour que les dirigeants nigérians respectent les principes du droit international des droits de l'homme. Dans le cadre de cette action, le CRP et d'autres ONG créent« Connais tes droits! », une émission de radio diffusée dans le but de promouvoir l'état de droit.

En 1995, la corruption au Nigeria atteint son apogée, les violations des droits de l'homme sont monnaie courante et la presse est muselée. Les défenseurs des droits de l'homme sont arrêtés et détenus arbitrairement, de même que les directeurs de syndicats et les militants pour la démocratie sont détenus au secret et torturés.

Dans un rapport publié en 1996, Amnesty International publie des statistiques sur la peine de mort au Nigéria: « Au moins 95 exécutions et 46 condamnations à mort ont été rapportées en 1995. ».

Moins d'une année après, en 1996, Nwankwo reçoit le Prix Martin Ennals pour les défenseurs des droits de l'homme en reconnaissance de son « courage, sa force et sa créativité ». Dans son discours d'acceptation lors de la cérémonie de remise de prix qui se déroule à Londres, il déclare: « Nous allons continuer à lutter pour instaurer un gouvernement responsable, qui ne soit pas au-dessus des lois et qui tire véritablement sa légitimité du peuple nigérian.»

En avril 1997, Clément Nwankwo se rend à Genève pour assister à une session de la Commission des droits de l'homme des Nations Unies. Le 5 avril, il se fait arrêté dans la rue par des policiers qui le rouent de coups et l'emmènent dans un poste de police. Dans un rapport publié en février 1998, le Rapporteur spécial sur l'indépendance des juges et des avocats relate précisément les faits: Nwankwo a été détenu au secret pendant cinq jours dans un poste de police et une prison locaux où il a été victime de mauvais traitements. Après soixante-douze heures, il a été présenté devant le juge d'instruction et inculpé pour « vol à l'étalage » à l'issue d'un procès expéditif qui s'est vraisemblablement tenu à huis clos. Nwankwo n'a en aucun cas bénéficié de l'assistance d'un avocat.

Alors qu'il a fait appel à cette condamnation, le conseiller d'Etat au département de la police et de la justice de Genève a ouvert une enquête administrative sur le traitement qui lui a été réservé en garde à vue. Selon Amnesty International, le défenseur des droits de l'homme nigérian n'aurait pas été interrogé dans le cadre de cette enquête, ni officiellement informé des sanctions prises à l'encontre des agents de police. C'est dans les médias qu'il a fini par apprendre que les agents avaient fait l'objet de sanctions disciplinaires, mesures auxquelles ils ont fait appel.

Les rapporteurs spéciaux des Nations unies sur la torture et sur l'indépendance des juges et des avocats ont été saisis de « l'affaire Clément Nwanko » et ont recommandé aux autorités suisses de lui offrir des « dommages adéquats » pour le préjudice subi. En octobre 1998, Nwankwo a déposé un recours contre la Suisse auprès de la Commission européenne des droits de l'homme.

De retour au Nigeria, Nwanko crée le Groupe de suivi pour la transition (Transition Monitoring Group – TMG), une coalition de plus de cinquante associations et d'organisations de la société civile promouvant le passage d'un régime militaire à un régime civil. Au même moment, le général Abdulsalam Abubakar met en place la Commission électorale nationale indépendante tout en promettant des élections libres et justes.

Le 5 mai 1999, le Nigeria adopte une nouvelle constitution. Le texte entre en vigueur le 29 mai 1999, date à laquelle le général Abubakar cède le pouvoir au nouveau président élu Olusengen Obasanjo.

En 2006, le Nigeria fait face à une crise constitutionnelle: les députés menacent d'amender la constitution pour permettre à Obasanjo de briguer un troisième mandat. Nwankwo est alors le premier à dénoncer cette manoeuvre qu'il qualifie de « péril pour la démocratie ». Dans une interview à la radio nationale publique, il déclare: «La continuité de la démocratie est essentielle pour le Nigeria... la continuité d'un pouvoir basé sur la constitution et non sur des intérêts individuels.»

Nwankwo et son organisation Policy and Legal Advocacy Center (PLAC) se sont fermement opposés à l'adoption de la proposition d'un « troisième mandat ». Le projet d'amendement ne sera finalement pas adopté par l'assemblée nationale et Obasanjo démissionnera de ses fonctions après les élections de 2007.

Aujourd'hui, Nwankwo dirige le PLAC, une organisation basée à Abuja. Le PLAC est spécialisé dans l'observation des processus électoraux, oeuvrant pour la promotion d'élections libres et justes.

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