Discours de Lida Yusupova,
Lauréate du Prix Martin Ennals
pour les Défenseurs des Droits de l'Homme
7 avril 2004, 13h00, studio de la TSR, Genève
Press release in English
Broadcast of ZIG ZAG CAFE Special on TV5
Speech of Lida Yusupova
Communique de Presse en Français
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Discours de Lida Yusupova
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Речь
Le fait de recevoir le prix Martin Ennals est pour moi un grand honneur. Je juge ce prix avant tout comme la reconnaissance de l'activité de Mémorial, de tous les défenseurs des droits de l'homme qui travaillent en Tchétchénie. Ce prix est la reconnaissance du travail de tous ceux qui aident mon peuple à survivre. Et il me semble encore que ce prix est un signe de solidarité, de la solidarité de tous ceux qui voudraient que la paix et le bonheur règnent en Tchétchénie. Et il y en a beaucoup : pas seulement en Tchétchénie mais aussi en Russie, en Europe et dans tout le monde.
Au début de la seconde guerre en Tchétchénie, l'Europe et tous les Etats démocratiques ont suivi attentivement l'évolution des événements en Tchétchénie. Ils ont activement encouragé une issue politique à ce conflit. Le gouvernement russe a senti sur lui cette attention et cette pression. Et bien que le pouvoir russe ne pût arrêter ce massacre brutal, qui peut dire, combien de vies ont pu être sauvées grâce à l'intérêt vigilant de la communauté internationale sur ce qui se passait?
Après les événements tragiques du 11 septembre 2001, la Russie présenta ses opérations militaires en Tchétchénie comme une part de la guerre lancée contre le terrorisme international. Elle devint un partenaire stratégique des Etats démocratiques occidentaux. Elle arriva à ses fins : les gouvernements occidentaux fermèrent les yeux sur ce qui se passait au Nord Caucase.
Mais, en Tchétchénie, comme le disent les officiels russes, la paix s'instaure-t-elle, la situation se stabilise-t-elle?
Non, ce n'est pas ainsi. Les habitants continuent à mourir. Complètement exposés à l'arbitraire voilà ce que principalement vit aujourd'hui la majorité des habitants tchétchènes. Des gens armés et masqués arrivent dans des voitures blindées, font irruption dans des maisons et emmènent leurs habitants dans un endroit inconnu. Parfois, des troupes trouvent par hasard des gens enlevés qui ont subi des tortures, mais la majorité disparaît. Ces crimes restent la plupart du temps impunis. Grozny est complètement détruite. Des centaines de milliers de gens qui ont perdu tous leurs biens, attendent de recevoir une compensation.
Bien sûr, toutes les parties du conflit ont commis des crimes horribles.
Malgré tout, le nombre de victimes civiles et les dégâts matériels ont été plus grands de la part des troupes fédérales russes. En outre, les opérations des forces fédérales sont des actes de soldats et de policiers qui obéissent aux ordres d'un pouvoir reconnu internationalement la Russie qui a l'obligation de respecter les droits de l'homme. Malgré cela, les troupes armées, la police et le service spécial répondent aux actes terroristes accomplis par les indépendantistes, par la terreur contre la population civile tchétchène.
Si la stabilité c'est l'arbitraire et l'impunité, alors cette stabilité représente une menace pour l'avenir de mon pays, c'est-à-dire la Russie comme Etat démocratique. De plus, l'arbitraire et les actes illégaux non seulement n'affaiblissent pas mais augmentent la menace terroriste et pour la Russie, et pour l'Europe et pour le monde entier.
Malheureusement, la tragédie en Tchétchénie est actuellement ignorée par les politiciens et pratiquement oubliées par la société. Les journalistes et le public en ont assez. Les assassinats, les disparitions, la torture ont lieu depuis si longtemps qu'on considère cela comme normal.
Pourtant, il ne faut pas baisser les bras et dire que comme la situation est sans espoir, nous ne pouvons rien faire. Il reste notre conscience, il reste le souvenir des victimes de cette guerre, il reste notre devoir c'est à dire essayer de ne pas permettre qu'une nouvelle goutte de sang coule. Nous devons poursuivre tous les coupables des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité.
Dans la majorité des pays d'Europe, la société n'a pas perdu la possibilité d'exercer une influence sur leur gouvernement, de les forcer à corriger leur politique. C'est pourquoi, nous croyons en votre voix et en votre aide.
Et ce prix prestigieux que vous me remettez aujourd'hui, est pour moi particulièrement important car il permet d'attirer l'attention sur ce qui se passe en Tchétchénie. Il aidera à mobiliser l'action civile contre les chaînes infinies des meurtres et de la violence.
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